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Sidi Moumen, 1994 Un terrain de football Casablanca, 16 mai 2003

Les Chevaux de Dieu

يا خيل الله — Nabil Ayouch — 2012

Deux frères d'un bidonville de Casablanca, dix ans de terrain vague et un soir de mai 2003 : Ayouch remonte le chemin qui mène du ballon à la ceinture d'explosifs, et refuse jusqu'au bout d'en désigner la cause unique.

Affiche du film Les Chevaux de Dieu
Réalisation
Nabil Ayouch
Scénario
Jamal Belmahi, d'après Mahi Binebine
Année
2012
Durée
115 minutes
Image
Hichame Alaouié — couleur
Montage
Damien Keyeux
Pays
Maroc, France, Belgique
Provenance. Analyse produite le 10 octobre 2026 par la chaîne pilote automatique, sans relecture humaine ; lue, validée et adoptée au site le 11 octobre 2026 par Christo Datso. Affiche : fonds d'affiches du propriétaire du site. Les citations de sources en langue anglaise sont traduites en français par la rédaction, renvoi conservé.
R4 — Page adoptée du pilote Analyse produite par IAGen Claude d'Anthropic (modèle Claude Fable 5.1, chaîne automatique), relue et adoptée par Christo Datso. Publiée le 10 octobre 2026
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Fiche technique — la feuille de match

Le film traite d'attentats-suicides réels et de la radicalisation d'adolescents ; la fin de cette page en décrit le dénouement.

Les Chevaux de Dieu (titre original arabe Ya khayl Allah, titre international Horses of God) est réalisé par Nabil Ayouch sur un scénario de Jamal Belmahi, adapté du roman Les Étoiles de Sidi Moumen de Mahi Binebine[1][2]. L'image est d'Hichame Alaouié, le montage de Damien Keyeux[2]. Abdelhakim Rachid joue Yachine, Abdelilah Rachid son frère Hamid, Hamza Souidek Nabil, Ahmed El Idrissi Amrani Fouad ; les deux premiers sont frères dans la vie et tous sont des acteurs non professionnels, issus du quartier[1][4][5].

Le film est une coproduction du Maroc, de la France et de la Belgique, en couleur, en arabe marocain, d'une durée de 115 minutes[1][2]. Il est présenté pour la première fois le 19 mai 2012 au festival de Cannes, dans la section Un certain regard, sort en Belgique le 13 février 2013 et en France le 20 février 2013[1][2][6]. Le Fonds marocain du cinéma en est le premier financeur[5]. Les recettes connues en salle sont de 96 277 dollars selon la notice anglophone, qui ne précise pas le territoire[2].

Palmarès : prix François-Chalais à Cannes 2012, Épi d'or à Valladolid 2012, prix Lumières 2014 du meilleur film francophone, prix dans les festivals de Rotterdam, Namur, Bruxelles, Doha, Besançon et Montpellier, Magritte de la meilleure image pour Hichame Alaouié ; le film représente le Maroc aux Oscars sans être retenu dans la sélection finale[1][2].

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Synopsis — de 1994 à 2003

Sidi Moumen, bidonville à l'est de Casablanca, 1994. Yachine, dix ans, garde les buts sur le terrain vague ; Hamid, treize ans, son frère aîné, le protège et le brutalise, et devient petit trafiquant[1][2][6]. Hamid est arrêté et, en prison, se convertit à l'islam radical ; à sa sortie, il entraîne Yachine, Nabil et Fouad dans la cellule d'un émir du quartier[1][2].

En 2003, les quatre garçons sont choisis pour une mission ; le film s'achève sur les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, qui ont fait quarante-cinq morts, kamikazes compris[1][2].

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Contexte de production — le point de vue qui manquait

Après les attentats de 2003, Ayouch tourne d'abord un documentaire auprès des familles des victimes ; il raconte à Alain Lorfèvre qu'il a compris alors que les victimes étaient « des deux côtés » et qu'il manquait « ce point de vue de là »[5]. Il connaît Sidi Moumen, où il a tourné des séquences d'Ali Zaoua en 1999, et lit le roman de Binebine, qui retrace le parcours de ces jeunes ; le film reste une fiction, tous les personnages sont inventés, mais certains faits réels y passent — l'absence de figure paternelle chez les kamikazes, par exemple[5][6].

Le cinéaste refuse les acteurs professionnels : « Je ne voulais pas d'acteurs professionnels pour faire ce film », dit-il à Cannes, et il explique à La Libre que les non-professionnels du quartier apportaient « un naturalisme, une réalité » qu'un comédien n'aurait pas donnés[5][6]. Le quartier ayant changé depuis 2003, le tournage a lieu dans un autre bidonville, ressemblant à Sidi Moumen d'avant les attentats ; il est interrompu plusieurs fois, par la météo et par une minorité d'opposants — « Il y avait des gens qui étaient pas très contents qu'on fasse ce film »[5][6]. Les habitants, qui craignaient d'abord une stigmatisation, finissent par soutenir le projet ; les deux frères Rachid, qui n'avaient jamais pris l'avion, découvrent Cannes avec le film[5][6].

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Structure narrative — dix ans en ligne droite

Cette section et les suivantes révèlent le dénouement du film.

Le récit est chronologique et sans ellipse cachée : une enfance, une adolescence, une conversion, une mission. Orville Scott note que « le film peut être critiqué pour sa lenteur, mais il devait être lent », parce que cette lenteur laisse voir l'individualité des personnages s'éroder[7]. La critique de La Libre dit la même chose en termes de forme : le film « suit une logique d'une simple évidence, jusqu'à un final d'une grande puissance émotionnelle », sans « pamphlet politique » ni « pesante reconstitution »[4]. John Bleasdale, à Londres, le compare à Paradise Now d'Hany Abu-Assad, qui suit un chemin voisin, et trouve au film d'Ayouch « une portée bien plus large »[8].

L'évidence est le mot juste, et c'est aussi la limite du film : en montrant chaque marche, il rend le chemin si lisible qu'on finit par le croire nécessaire — ce que le cinéaste refuse en paroles. Ayouch l'affirme à Cannes : « Il n'y a pas qu'une raison », et l'idée que « tous les pauvres deviennent kamikazes est faux »[6]. Le film tient cette ligne par ses personnages secondaires — Nabil, Fouad, les autres enfants du terrain qui ne suivent pas — plus que par sa construction. Le dénouement, lui, retrouve l'ambiguïté : Hamid, qui a converti son frère, « essaie une dernière fois de convaincre Tarek d'arrêter, pour être violemment repoussé au sol », et ne peut plus qu'« assister à la mort de son frère »[7]. Le convertisseur se rétracte, le converti va jusqu'au bout : la ligne droite se brise à la dernière minute, et c'est là que le film cesse d'expliquer.

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Mise en scène et procédés — le bidonville vu d'en haut

Le film est encadré par des plans aériens : Bleasdale retient « une série de plans amples qui donnent le sens de l'échelle du bidonville » et de sa proximité avec une usine chimique neuve[8]. La caméra d'Alaouié, saluée par La Libre pour « la qualité formelle du film » et récompensée d'un Magritte, alterne ces vues de haut avec une caméra portée au ras des ruelles[2][4]. Rapprochement d'analyse, non de source : les vues aériennes sont celles d'un dieu ou d'un drone, et le titre — les chevaux de Dieu, nom que l'émir donne à ses recrues — dit que les garçons ne verront jamais leur quartier de là ; le spectateur, lui, le voit, et il voit la ville riche à l'horizon.

Le reste tient au réalisme. « La texture de la vie du bidonville est rendue au jour le jour », écrit Bleasdale[8] ; Céline Biourge, à Cannes, juge le film « plus que réaliste »[6] ; La Libre y voit « un vrai film de cinéma, centré sur ses personnages », loin de « la docu-fiction statique »[4]. Le choix d'acteurs non professionnels appartient à cette méthode, qui est celle d'Ali Zaoua et, plus loin, du néoréalisme : Ayouch filme des corps qui ont grandi là. La scène de recrutement, où l'émir est « charismatique et doux » selon Bleasdale, est le moment le plus juste du film, parce qu'elle montre la radicalisation comme une hospitalité[8].

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Personnages principaux — deux frères, un gardien de but

Yachine, dit Tarek (Abdelhakim Rachid)

Le cadet, gardien de but qui prend le nom d'un gardien de but célèbre, est le personnage que le film suit le plus près. Bleasdale le voit joué « avec une intensité sombre »[8]. Scott décrit sa conversion comme une perte : après son entrée dans la cellule, « son amour du football a disparu »[7]. C'est l'arc le plus simple du film et le plus efficace : un enfant qui aimait quelque chose cesse de l'aimer, et ce vide se remplit.

Hamid (Abdelilah Rachid)

L'aîné est « comme un père pour Yachine, mais il le néglige quand même », écrit Scott[7] ; Bleasdale le trouve « formidable »[8], et La Libre tient les deux frères, « authentiques frères dans la vraie vie », pour une part de la réussite[4]. Hamid est le personnage qui change deux fois — voyou, puis converti, puis homme qui voudrait retenir son frère — et le seul dont le film laisse le sort ouvert.

Nabil (Hamza Souidek), Fouad (Ahmed El Idrissi Amrani) et l'émir

Les deux amis portent ce que le film dit de la sexualité et de l'humiliation dans le quartier — un fil que la critique anglophone juge traité avec gêne, et que cette page tient pour l'un des endroits où le film ose le plus, parce qu'il montre que la cellule recrute d'abord parmi les humiliés. L'émir, recruteur doux, incarne ce que Scott appelle « l'idée de rejoindre une fraternité qui promet un nouveau sens de la famille et du but »[7]. Ayouch, en entretien, le dit sans détour : « l'on a toujours le choix »[5].

Divergence relevée. La notice anglophone dit le film maroco-belge, la francophone le dit coproduit par le Maroc, la France et la Belgique ; cette page suit la francophone[1][2]. Le bilan des attentats est donné à quarante-cinq morts par la notice francophone, à trente-trois par une source de recherche non retenue ici ; la valeur de quarante-cinq inclut les douze kamikazes[1]. La soumission aux Oscars est datée de la 85e cérémonie par une source et de la 86e par une autre[2].

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Thèmes — quatre mi-temps

Comprendre sans excuser

C'est le programme déclaré. « Mon point de vue n'est pas de donner des leçons de morale mais de donner à comprendre en montrant », dit Ayouch selon la notice anglophone[2] ; à Lorfèvre, il parle de l'« indicible » du basculement et reconnaît que cette démarche va à l'opposé de ses convictions[5]. La Libre salue un film qui suscite l'empathie pour des « agneaux sacrificiels et manipulés d'une “guerre” dont les enjeux les dépassent »[4]. Le risque est connu — un film qui fait comprendre des terroristes est controversé par construction — et le film l'assume ; cette page juge qu'il le tient, parce qu'il ne montre jamais les victimes autrement que comme des gens attablés, et qu'il ne donne jamais la parole à la doctrine.

La pauvreté n'explique pas tout

La notice anglophone résume : le film s'intéresse à la pauvreté, au machisme et au désespoir plus qu'à la religion elle-même[2]. Scott rappelle que les auteurs des attentats « avaient tous une chose en commun : ils avaient tous grandi à Sidi Moumen »[7] ; Ayouch refuse pourtant la causalité mécanique[6]. Le film tient les deux bouts en montrant ce que la cellule offre et que le quartier n'offre pas : un toit propre, un repas, un nom, un frère qui ne frappe plus.

Le père absent, le frère de trop

Ayouch cite l'absence de figure paternelle comme un fait réel passé dans la fiction[5]. La mère de Yachine et Hamid est présente et impuissante ; le père est un fantôme dans un coin de la baraque ; le frère tient lieu des deux, mal. L'émir prend la place laissée vide. Le film est, sous son sujet politique, un récit de famille recomposée par la violence.

Le ballon

Le terrain vague ouvre et traverse le film : Yachine se bat « sur le terrain de football du quartier », écrit Scott, et c'est par la perte du jeu que sa conversion se mesure[7]. Rapprochement d'analyse, non de source : le football est la seule institution du bidonville qui ne demande rien aux garçons que d'être là, et le film montre une autre institution venir la remplacer, avec les mêmes mots — l'équipe, la fraternité, la victoire.

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Réception critique et postérité — Cannes, Bruxelles, Casablanca

À Cannes, le film est « chaleureusement applaudi » à ses deux projections, rapporte la RTBF, et repart avec le prix François-Chalais[1][6]. À Londres, Bleasdale lui donne quatre étoiles sur cinq et y voit « une belle contribution cinématographique à la compréhension d'une région », au lendemain des printemps arabes[8]. En Belgique, La Libre conclut à la réussite[4]. La recherche rapporte, sans que les pages aient pu être lues, un accueil français largement favorable, dont une critique du Nouvel Observateur tenant l'œuvre pour « audacieuse, maîtrisée et unique »[1].

La postérité est celle d'un film de festival devenu film de référence sur son sujet : candidat du Maroc aux Oscars, prix Lumières 2014, programmé par les festivals de cinéma engagé, étudié par les revues étudiantes anglophones encore en 2020[1][2][7]. Ayouch poursuivra dans la même direction avec Much Loved (2015), interdit au Maroc, et Razzia (2017) : Les Chevaux de Dieu est le premier de ses films à faire du pays lui-même, et non de ses marges, le sujet du débat.

Ce qui n'a pas pu être vérifié. Quatre pages n'ont pas été servies : l'article de TelQuel sur l'accueil français (HTTP 403), la fiche Cineuropa (HTTP 403), la critique d'IONCINEMA (HTTP 504) et la revue de presse AlloCiné, introuvable ; la citation du Nouvel Observateur et le jugement de la critique anglophone sur la sexualité périphérique viennent d'extraits de recherche, non des pages. Aucune fiche TMDB n'a été trouvée pour le film. Les critiques du Monde, de Télérama et des Cahiers du cinéma n'ont pas été lues.

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Conclusion — coup de sifflet final

Le reproche que l'on peut faire au film est celui de sa qualité : une ligne si claire, de la terre battue à l'explosif, qu'elle paraît démontrer ce qu'Ayouch dit ne pas vouloir démontrer[6][7]. Mais la dernière séquence répare ce que la construction risquait : le frère qui a tout déclenché veut tout arrêter, et ne le peut pas[7]. Là, le film cesse d'être une explication et devient ce que La Libre appelle une évidence, au sens fort — quelque chose qu'on voit et qu'on ne peut plus ne pas avoir vu[4].

Ce qui tient le film, c'est donc le terrain vague : un lieu que la caméra regarde d'en haut au début et à la fin, où des enfants jouent, et d'où quatre d'entre eux partent un soir vers la ville. Ayouch a choisi des garçons du quartier pour le jouer, et ils ont pris l'avion pour Cannes[5][6] : c'est la seule issue que le film n'avait pas écrite, et c'est la sienne. Bleasdale a raison de parler de compréhension plutôt que de jugement[8] ; on ajoutera que le film comprend d'autant mieux qu'il refuse, jusqu'au dernier plan, de pardonner.

Sources consultées

La feuille de match

  1. Wikipédia (FR), « Les Chevaux de Dieu » — fr.wikipedia.org — Les Chevaux de Dieu
  2. Wikipédia (EN), « Horses of God » — en.wikipedia.org — Horses of God
  3. Wikidata, élément Q5274248 — wikidata.org/wiki/Q5274248
  4. A. Lo., « Cavaliers du jihad », La Libre Belgique, 13 février 2013 — lalibre.be — Cavaliers du jihad
  5. Alain Lorfèvre, « Nabil Ayouch a voulu comprendre l'indicible », entretien, La Libre Belgique, 13 février 2013 — lalibre.be — entretien avec Nabil Ayouch
  6. Céline Biourge, « “Les chevaux de Dieu” ou des jeunes kamikazes embrigadés dans un islamisme radical », RTBF, 19 mai 2012 — rtbf.be — Les chevaux de Dieu à Cannes
  7. Orville Scott, « Film Analysis of Horses of God (2012) », Film Matters Magazine, 9 mai 2020 — filmmattersmagazine.com — Horses of God
  8. John Bleasdale, « BFI London Film Festival 2012: “Horses of God” review », CineVue, 20 octobre 2012 — cine-vue.com — Horses of God