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Joachim Trier

Julie (en 12 chapitres)

2021 — quatre ans de la vie d'une femme qui essaie toutes les vies possibles, racontés comme un roman : prologue, douze chapitres, épilogue. Le dernier volet de la trilogie d'Oslo, et le prix d'interprétation de Cannes pour Renate Reinsve.

Verdens verste menneske · « La pire personne du monde »
Norvège / France / Suède / Danemark · 128 minutes · Couleur · Comédie dramatique
R1 — Critique publiée avant le site v2 Analyse faite par IAGen Claude d'Anthropic (modèle non spécifié, supervision humaine). Publiée le 6 juillet 2026
Prologue

Fiche technique

Affiche du film Julie (en 12 chapitres)
Réalisation
Joachim Trier
Scénario
Joachim Trier et Eskil Vogt
Photographie
Kasper Tuxen
Interprètes
Renate Reinsve, Anders Danielsen Lie, Herbert Nordrum
Production
Coproduction Norvège / France / Suède / Danemark · budget ~5 M€
Tournage
Oslo, 2020
Première
Cannes 2021 (compétition) — prix d'interprétation féminine pour Renate Reinsve · sortie France : 13 octobre 2021
Distinctions
2 nominations aux Oscars 2022 (film international, scénario original)
Chapitre 1

Synopsis

Julie a commencé médecine — brillamment — avant de comprendre que c'était l'âme qui l'intéressait : psychologie, donc. Puis la photographie. Puis un travail alimentaire en librairie et des velléités d'écriture. À trente ans, elle vit avec Aksel, auteur de bande dessinée underground de quinze ans son aîné, qui voudrait des enfants ; elle, elle ne sait pas — c'est sa réponse à presque tout, et le film en fait une odyssée[1].

Un soir, Julie s'incruste dans un mariage inconnu et y rencontre Eivind, serveur de café, aussi doux qu'Aksel est cérébral. En douze chapitres, un prologue et un épilogue, le film suit quatre années de bifurcations — quitter, aimer, tromper, avorter de tous les futurs proposés — jusqu'à la maladie d'Aksel, qui donne soudain au temps de Julie un prix qu'aucun de ses choix ne lui avait donné[1][3].

Chapitre 2

Contexte de production

Le film clôt la « trilogie d'Oslo » que Joachim Trier a ouverte avec Nouvelle donne (Reprise, 2006) et poursuivie avec Oslo, 31 août (2011) — trois portraits de trentenaires dans la même ville, écrits avec le même complice, Eskil Vogt[1]. Après un détour par le fantastique (Thelma), Trier revient à sa matière première : le temps qui passe sur une génération surdiplômée et sous-décidée.

Le pari du casting est décisif : Renate Reinsve, actrice de théâtre cantonnée aux seconds rôles (une réplique dans Oslo, 31 août), reçoit ici son premier grand rôle — écrit à sa mesure — et repart de Cannes avec le prix d'interprétation féminine[1][3]. Face à elle, Anders Danielsen Lie — l'acteur-fétiche des trois volets, médecin dans le civil — et Herbert Nordrum. Tourné à Oslo en 2020 pour environ 5 millions d'euros, le film est présenté en compétition à Cannes en juillet 2021, où il devient l'un des événements du festival[1].

Chapitre 3

Structure narrative

Le dispositif du titre est un manifeste : un prologue, douze chapitres titrés, un épilogue — la vie d'une indécise mise en pages comme un roman qu'elle n'arrive pas à écrire. La voix off romanesque et les intertitres donnent au film sa « noblesse romanesque », selon Le Rayon Vert — qui y voit aussi, en procès instruit à charge, une forme cherchant à « légitimer l'ambition artistique » du cinéaste[2]. Défense recevable : le chapitrage épouse exactement le rapport de Julie au temps — une vie vécue comme une table des matières dont on saute les chapitres ennuyeux.

Les chapitres jouent chacun leur registre — comédie de mœurs, essai (le chapitre-tract sur « le sexe oral à l'ère de #MeToo » que Julie publie), trip sous champignons, mélodrame terminal — et deux séquences font charnière : la course de Julie à travers un Oslo figé, parenthèse fantastique où elle quitte Aksel pour Eivind entre deux battements du monde ; et son inversion exacte à l'épilogue, Julie immobile derrière sa fenêtre, photographiant à distance la vie ordinaire qu'elle n'a pas choisie[1][2].

Chapitre 4

Mise en scène et procédés techniques

La photographie de Kasper Tuxen filme Oslo comme une saison mentale — étés blonds, aubes roses sur le fjord, appartements en demi-jour — et la caméra de Trier garde sa signature : fluidité classique soudain interrompue par des échappées formelles. La séquence de la ville figée est déjà une anthologie : des dizaines de figurants immobilisés en pleine rue (effet obtenu pour l'essentiel en plateau, pas en numérique), et Julie qui court, souriante, à travers l'arrêt du monde — l'euphorie amoureuse comme suspension du temps des autres[1].

Le trip aux champignons hallucinogènes offre le contre-champ grotesque — corps déformés, père absent, tampon jeté à la figure du patriarcat — où le film ose une laideur cartoonesque assumée. Et la voix off, jamais explicative, travaille en léger décalage ironique avec l'image, à la manière des romanciers que le dispositif convoque. La critique française a salué cette « fausse comédie romantique et vrai film psychologique » qui « joue sur les sentiments » avec une précision d'orfèvre[3].

Chapitre 5

Personnages principaux

Julie (Renate Reinsve) est le grand portrait féminin du cinéma européen récent : ni héroïne ni « pire personne du monde » — le titre norvégien est une expression d'autodépréciation —, mais une femme dont l'indécision est à double fond. Le Rayon Vert la résume d'une formule : « elle veut être artiste, elle ne sait juste pas dans quel art exactement »[2] — et Reinsve joue chaque hésitation comme un choix plein, avec une présence qui a immédiatement fait d'elle une star européenne[3].

Aksel (Anders Danielsen Lie, bouleversant) est l'artiste installé — auteur d'une BD culte et politiquement indéfendable — à qui le film confie ses plus belles scènes : le monologue du mourant sur la culture qu'il a aimée « quand les objets existaient encore » est devenu instantanément classique. Eivind (Herbert Nordrum) incarne la tendresse sans projet — l'homme ordinaire que la critique la plus sévère du film estime « condamné à se faire maltraiter » pour « crime de lèse-artiste »[2] : lecture discutable, mais qui dit bien la hiérarchie sentimentale que le film met en scène — et interroge.

Chapitre 6

Thèmes

Le thème-titre est l'indécision comme condition générationnelle : Julie appartient à la première génération pour qui tout est théoriquement possible — études, métiers, amours, genres de vie — et le film demande ce que devient une existence quand choisir, c'est mourir à toutes les autres versions de soi. Les douze chapitres sont autant de vies essayées puis rendues, et l'ironie du dispositif romanesque est là : la seule chose que Julie n'écrit jamais, c'est son propre récit.

Vient ensuite le temps — obsession de toute la trilogie d'Oslo : temps biologique (l'horloge des enfants, explicitée dès le prologue), temps culturel (Aksel, homme des objets — vinyles, papier — face au flux), temps de la mort enfin, qui requalifie tout. Et, en basse continue, une méditation sur l'art et la vie ordinaire : le film privilégie-t-il ses artistes contre ses gens simples, comme le soutient Le Rayon Vert[2] ? Ou montre-t-il, à travers l'épilogue — Julie seule, photographe enfin, cadrant la vie des autres —, le coût exact de la position d'observatrice ? La force du film est de laisser la question ouverte : c'est un portrait, pas un verdict[3].

Chapitre 7

Réception critique et postérité

Sensation de Cannes 2021 : prix d'interprétation pour Reinsve, et une presse mondiale conquise — « un classique instantané » (Peter Bradshaw, The Guardian), meilleur film de l'année pour Vanity Fair, 91 sur Metacritic[1]. Le consensus critique le dit bien :

« Une comédie romantique qui subvertit délicieusement les conventions les plus usées du genre. » Consensus Rotten Tomatoes, cité par Wikipédia[1]

Deux nominations aux Oscars (film international et — plus rare pour un film nordique — scénario original) couronnent la carrière du film, devenu pour 12,7 millions de dollars de recettes un vrai succès d'art et essai international[1]. La France l'a débattu plus qu'ailleurs — des éloges d'avoir-alire et du Bleu du Miroir au réquisitoire du Rayon Vert contre sa « misanthropie » d'artiste[2][3] — signe généralement fiable qu'un film touche un nerf. Postérité immédiate : Reinsve tourne désormais dans le monde entier, et « julie-core » est devenu un raccourci critique pour tout portrait de trentenaire indécise — l'hommage lexical que le cinéma réserve aux personnages devenus archétypes.

Épilogue

Conclusion

Julie (en 12 chapitres) réussit le film le plus difficile qui soit : celui dont l'héroïne ne veut rien de précis. Là où le récit classique exige un désir moteur, Trier et Vogt construisent leur dramaturgie sur l'esquive elle-même — et trouvent dans la forme romanesque le moyen de donner à l'indécision une architecture, un humour et, in fine, une gravité. Que le dispositif frôle parfois la coquetterie, ses détracteurs n'ont pas tort ; mais c'est le prix d'un pari tenu.

Reste l'épilogue, d'une intelligence discrète : Julie photographe, seule et sans drame, cadrant une actrice qui rentre retrouver sa famille — la vie des autres devenue son objet, au sens propre. Ni punition ni triomphe : une position dans le monde, la première qu'elle occupe entière. « La pire personne du monde » aura mis douze chapitres à devenir quelqu'un — c'est-à-dire, le film le sait mieux que quiconque, exactement le temps que cela prend.

Notes

Sources

  1. Wikipédia (en) — « The Worst Person in the World (film) » : production (Trier/Vogt, Tuxen, Oslo 2020, budget), structure (prologue + 12 chapitres + épilogue), séquences (ville figée, champignons), Cannes 2021 et prix d'interprétation, nominations aux Oscars, sorties (France 13 octobre 2021), box-office, citations critiques (Bradshaw, Vanity Fair, consensus RT). en.wikipedia.org
  2. Le Rayon Vert — « Julie (en 12 chapitres) de Joachim Trier : Analyse » : lecture critique du dispositif (chapitrage comme légitimation), de la hiérarchie artiste/homme ordinaire (Aksel/Eivind), de la ville figée et de l'épilogue inversé. rayonvertcinema.org
  3. Presse française consultée via recherche web (avoir-alire, Le Bleu du Miroir, Le Blog du Cinéma, Critikat) : trilogie d'Oslo, premier grand rôle de Renate Reinsve, « fausse comédie romantique et vrai film psychologique », portrait générationnel. lebleudumiroir.fr
  4. The Movie Database (TMDB) — fiche du film (données factuelles, affiche). themoviedb.org/movie/660120