8. Les trois lunettes éthiques

DIAPOSITIVES 26 à 30

Le modèle simplifié annoncé à l’agenda : pourquoi des gens de bonne foi ne sont pas d’accord.

Pourquoi n’est-on pas d’accord ?

La réponse de l’exposé n’est pas que certains ont tort. C’est qu’il y a trois camps, trois « lunettes éthiques » :

Diapositive 27
L’image emblématique de l’exposé, générée par Gemini 3 : trois personnages sur un banc, chacun portant des lunettes différentes — un monocle d’observateur pour l’utilitarisme, des verres marqués devoir et règle pour la déontologie, des lunettes en forme de cœur pour l’éthique des vertus et du care. Terme académique : schémas moraux hétérogènes.

L’image fait le travail d’une définition : les trois regardent la même scène — le même tramway passe derrière eux — et n’en voient pas la même chose. Le désaccord n’est pas un défaut d’information.

Trois grilles de lecture

GrilleCe qu’elle regarde
Utilitarisme→ performance, efficacité, retour sur investissement
Droits / déontologie→ conformité, lignes rouges
Care / vertus→ confiance, asymétries de pouvoir

Les principes fondamentaux, et la question que chacune pose

Utilitarisme / conséquentialisme — on juge aux résultats (bénéfices et risques agrégés).
« Si ça réduit les agressions de 20 %, le jeu en vaut-il la chandelle ? »

Déontologie / droits — certaines atteintes sont inacceptables, même si « efficaces » : vie privée, non-discrimination, autonomie.
« A-t-on le droit de traiter tout le monde comme un suspect potentiel ? »

Éthique des vertus & du care — qualité des pratiques, caractère des institutions, vulnérabilités, relations de dépendance.
« Quel type de société cela façonne-t-il ? »

Question posée à la salle : « Laquelle de ces approches vous paraît la plus “juste”… et pourquoi ? »

Le tableau comparatif

La diapositive suivante déploie un tableau à trois colonnes, présenté comme un « travail de synthèse réalisé avec OpenAI ChatGPT 5.2, 7 février 2026 ». Il est reproduit ici intégralement — c’est l’outil analytique le plus complet de l’exposé.

DimensionUtilitarisme (conséquentialisme) Déontologie & droits fondamentauxVertus & care
Question centrale « Quelle option maximise le bien-être total / minimise les torts ? » « Quelles actions sont interdites/obligatoires, même si elles auraient de bonnes conséquences ? » « Quelle réponse exprime un bon caractère et prend soin des personnes concernées, dans ce contexte ? »
Ce qui compte le plus Résultats globaux, souvent en utilité attendue Règles, devoirs, respect de la personne, droits (dignité, équité procédurale, non-discrimination, vie privée…) Jugement pratique, qualités morales (compassion, honnêteté, courage…), relations, vulnérabilité, non-abandon
Logique de décision Calcul et agrégation (coûts-bénéfices, risques, probabilités) Contraintes (« on ne fait pas ça »), universalisation, « ne pas traiter comme un moyen » Délibération contextuelle : « que ferait une personne vertueuse ? », réponse attentive et responsable
Forces Très utile pour les politiques publiques, l’allocation de ressources, l’optimisation de sécurité Protège contre l’arbitraire et les sacrifices d’individus ; garde-fous clairs Sensible aux situations réelles, aux effets vécus, à la confiance et à la dignité relationnelle
Risques et angles morts Peut justifier des atteintes à des individus (sacrifices) ; « tyrannie du total » Peut être rigide (des règles qui empirent les conséquences), conflits de droits Peut sembler moins « calculable » ; risque de favoritisme ou d’incohérence si mal cadré
Dilemme IA no 1
surveillance
Déployer une surveillance algorithmique massive si elle réduit fortement agressions et terrorisme — même au prix de la vie privée Refuser la surveillance indiscriminée : violation du droit à la vie privée, risque d’abus, présomption d’innocence Chercher une solution qui préserve la confiance : minimisation des données, contrôle humain, ciblage proportionné, attention aux vulnérables
Dilemme IA no 2
justice, erreur
Utiliser un outil de « prédiction » (récidive, fraude) si, statistiquement, il réduit le crime global — même avec des erreurs individuelles Interdire ou limiter fortement si cela viole la non-discrimination, le droit à un procès équitable, la transparence, la contestabilité Prioriser la dignité : expliquer, écouter, permettre la contestation, éviter l’humiliation et la stigmatisation automatisée
Dilemme IA no 3
triage santé
L’IA doit allouer lits et soins pour maximiser les vies sauvées / QALYs, même si certains groupes perdent plus souvent l’accès Certaines règles ne se marchandent pas : égalité de considération, interdiction de critères injustes, consentement, respect des patients Mettre l’accent sur l’accompagnement, la compréhension des situations (isolement, handicap, précarité), et la responsabilité de ne pas « abandonner »
Dilemme IA no 4
véhicules autonomes
Programmer l’IA pour minimiser le nombre total de morts, même si cela sacrifie le passager dans de rares cas Interdit de « tuer intentionnellement » un innocent : ne pas concevoir un système qui décide de sacrifier quelqu’un comme moyen Concevoir pour prudence, humilité, transparence ; focalisation sur la prévention, la réduction des risques, la responsabilité et la confiance sociale
Type d’exemple « où ça l’emporte sur tout » Accepter une atteinte à la vie privée si les bénéfices de sécurité ou de santé sont énormes et démontrables Refuser une atteinte (profilage, torture, punir un innocent) même si elle « marcherait » Privilégier une réponse humaine (explicabilité, accompagnement, non-abandon) même si elle est moins « optimale » sur les métriques

QALYs : Quality-Adjusted Life Years, années de vie pondérées par la qualité.

Ce qui rend ce tableau utile n’est pas qu’il départage — il ne départage rien. C’est qu’il rend prévisible le désaccord : sur n’importe quel cas nouveau, on sait d’avance quelles trois réponses vont être données, et pour quelles raisons. C’est ce que l’agenda annonçait sous le nom de « modèle simplifié pour aborder des dilemmes éthiques ».

Les notes de cette diapositive contiennent la documentation préparatoire complète — trois exposés détaillés sur l’utilitarisme, la déontologie et l’éthique du care, chacun assorti d’un dilemme où ce cadre l’emporte sur les autres : le triage en réanimation pour le premier, la condamnation d’un innocent pour éviter une émeute pour le deuxième, l’infirmière qui reste auprès d’un mourant plutôt que d’exécuter trois actes de routine pour le troisième. Ce matériau n’a pas été projeté ; il a servi à construire le tableau.
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