2. Stargate : le pari américain

DIAPOSITIVES 3, puis 34 et 35

L’annonce, le consortium, et la facture énergétique que personne n’affiche.

Regroupement signalé. L’exposé traite Stargate en deux temps éloignés : l’annonce en ouverture (dia. 3), l’analyse après la partie technique (dia. 34–35). Les deux sont réunis ici.

L’annonce

Le 21 janvier 2025, sur le compte X d’OpenAI :

Announcing The Stargate Project. The Stargate Project is a new company which intends to invest $500 billion over the next four years building new AI infrastructure for OpenAI in the United States. We will begin deploying $100 billion immediately. This infrastructure will secure American leadership in AI, create hundreds of thousands of American jobs, and generate massive economic benefit for the entire world. This project will not only support the re-industrialization of the United States but also provide a strategic capability to protect the national security of America and its allies.
500 Md $sur quatre ans
100 Md $immédiatement
4partenaires au consortium

Qui est derrière Stargate ? OpenAI (ChatGPT), SoftBank (banque japonaise), Oracle (infrastructure informatique) et MGX (société d’investissement des Émirats arabes unis).

L’objectif affiché est double et l’exposé le souligne : réindustrialiser les États-Unis, et conserver un avantage stratégique destiné à garantir la sécurité nationale des États-Unis et de leurs alliés.

Qui est OpenAI

Fondée en 2015, basée à San Francisco, dirigée par Sam Altman. Microsoft détient 49 % du capital. Il s’agissait au départ d’une société de recherche enregistrée comme non-profit ; une seconde société, for profit, a été enregistrée en 2019 (OpenAI Global, LLC).

Parmi les fondateurs figurait Elon Musk, retiré en 2018 en invoquant un conflit d’intérêt avec le développement de l’IA pour les voitures autonomes chez Tesla.

Ce qui a provoqué le changement de statut : la fuite des cerveaux, les chercheurs attirés par les stock options des firmes commerciales — Google Brain, DeepMind, Facebook. OpenAI a ensuite développé un partenariat avec Microsoft, puis avec Apple.

La géopolitique de l’IA, en une carte

Diapositive 34
« Tableau de bord n° 1 — mise en contexte du programme Stargate » : la géopolitique de l’IA, ses avantages stratégiques, ses investissements, ses coûts énergétiques et ses risques à dix ans.

La chaîne de raisonnement de la carte, telle que l’orateur la déroule : la géopolitique de l’IA procure des avantages stratégiques, qui supposent des investissements et un redéploiement de l’industrie numérique, mais entraînent des coûts énergétiques et des risques à dix ans.

Deux articulations méritent d’être relevées, parce qu’elles ne vont pas de soi :

L’enjeu industriel : l’énergie

C’est le passage le plus documentué de l’exposé, et le plus rarement posé en public. Projection pour le super-cluster Stargate :

GrandeurProjection
Nombre de méga data centers10 à 20
Surface par site500 000 à 1 million de m² (100 hectares)
Puissance continue par data center1,5 à 2 GW
Consommation totale350 à 400 TWh/an
Centrales nucléaires actuelles nécessaires10 à 20
Ou centrales de nouvelle génération20 à 60
Équivalentun pays de 15 à 20 millions d’habitants — Pays-Bas, Argentine, État de New York, État de Floride

Points de comparaison donnés : le plus grand data center actuel se trouve en Chine (China Telecom, Mongolie intérieure, 150 MW, près d’un million de m²) ; le plus grand des États-Unis appartient à Meta, à Prineville (Oregon), 430 000 m², plus de 2 milliards de dollars d’investissement.

Le coût énergétique et l’alimentation de ces clusters est la variable qui va déterminer en grande partie la faisabilité du programme.

D’où la lecture politique que l’exposé en tire : « la dérégulation de l’industrie pétrolière prend ici tout son sens », de même que le recours massif au nucléaire.

Le pari théorique : les lois d’échelle

Stargate repose sur une hypothèse, et l’exposé la nomme : les lois d’échelle (scaling laws) seraient plus efficaces pour améliorer l’IA que l’amélioration des algorithmes. Donc : plus d’investissement dans l’opérationnel (données, calcul) que dans la recherche fondamentale.

Les trois observations de Sam Altman, citées par l’orateur :

  1. L’intelligence d’un modèle équivaut approximativement au logarithme des ressources utilisées pour l’entraîner et le faire tourner. On peut dépenser des sommes arbitraires et obtenir des gains continus et prévisibles.
  2. Le coût d’un niveau donné d’IA chute d’un facteur 10 tous les 12 mois. Entre GPT-4 (début 2023) et GPT-4o (mi-2024), le prix par token a baissé d’un facteur 150. « La loi de Moore a changé le monde à 2× tous les 18 mois ; ceci est incroyablement plus fort. »
  3. La valeur socioéconomique d’une intelligence qui croît linéairement est de nature super-exponentielle. D’où : aucune raison que l’investissement exponentiel s’arrête.

Ce pari est exactement celui que la fiche 3 vient mettre en doute, six jours plus tard.

Anecdote consignée par l’orateur en marge : Elon Musk lance dans le même temps une offre hostile de rachat d’OpenAI. La note écrit « 100 M $ » ; l’offre réelle se chiffrait en milliards. Reproduit tel quel, avec la réserve.
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