4. Le sommet de Paris, et son contre-sommet

DIAPOSITIVES 5 et 6

L’Europe entre innovation et régulation — et la voix de ceux qui n’y croient pas.

La semaine de l’action pour l’intelligence artificielle

Leadership in global AI Governance — Paris, 10-11 février 2025. Trois temps :

Cinq thèmes essentiels : l’IA au service de l’intérêt public ; l’avenir du travail ; innovation et culture ; l’IA de confiance ; la gouvernance mondiale de l’IA.

Le forum scientifique : la critique de Michael Jordan

L’orateur retient surtout le discours de Michael Jordan (Berkeley), et pour cause : c’est la seule voix de la séquence qui refuse les deux camps.

C’est une troisième position, qui ne figure pas dans le partage bipolaire de la fin de cette fiche : ni promesse de salut, ni annonce de fin du monde, mais un changement d’objet — on ne regarde plus une machine, on regarde un collectif.

Le forum business, et l’argent

109 Md € d’investissements privés annoncés en France
200 Md € mobilisés par l’initiative européenne InvestAI
4gigafactories d’IA prévues dans l’UE

Chaque gigafactory doit compter environ 100 000 puces d’IA de dernière génération, soit quatre fois plus que les usines en cours d’installation. Objectif affiché : que toute entreprise, et non les seuls géants, accède à une puissance de calcul de grande échelle.

L’orateur reprend la réserve du Monde : en mobilisant ces montants, le chef de l’État français « joue plus le gigantisme que la troisième voie d’une IA durable et ouverte ». On notera que MGX, partenaire émiriote de Stargate, finance aussi des data centers en France : les blocs ne sont pas étanches.

Le sommet politique, et sa fracture

La déclaration finale appelle à une IA « inclusive » et « éthique », à une coordination renforcée de la gouvernance par un « dialogue mondial », et à éviter « une concentration du marché ». Un observatoire de l’impact énergétique de l’IA, piloté par l’Agence internationale de l’énergie, y est officialisé.

Ni les États-Unis ni le Royaume-Uni ne signent. Le vice-président américain J. D. Vance met en garde contre une « régulation excessive » qui « pourrait tuer une industrie en plein essor » ; Londres invoque des raisons « d’intérêt national ».

Un chiffre à deux valeurs dans la source. Les notes de l’orateur écrivent « 58 pays », tandis que l’article de presse qu’elles citent en référence en compte 61. L’écart n’est pas tranché ici.

Repères donnés : le premier sommet s’était tenu à Bletchley Park (Royaume-Uni) en 2023 — le lieu des briseurs de code d’Enigma et d’Alan Turing — et portait sur la sécurité de l’IA. Le suivant devait se tenir en Inde, fin 2025.

Le contre-sommet

« Pour un humanisme de notre temps » — Théâtre de la Concorde, 10 février. Les effets de l’IA générative y sont examinés sur : l’environnement, l’éducation, le travail, et les métiers de l’information et de la culture. Figure centrale : Eric Sadin, philosophe, auteur de L’IA et les enjeux du siècle. Anatomie d’un antihumanisme radical (2021).

Les deux écoles

L’exposé pose ici le partage qui va structurer toute la suite :

Les techno-optimistes (ou solutionnistes) Les « doomers »

Type : Yann LeCun (prix Turing 2019). L’IA aidera l’humanité à résoudre des problèmes difficiles :

  • santé — nouveaux médicaments, protéomique, cancer, Alzheimer ;
  • industrie — matériaux, stockage de l’énergie, voiture autonome, villes intelligentes, réduction des impacts du changement climatique ;
  • économie — nouvelles sources de croissance ;
  • recherche — analyse rapide de masses de données complexes ;
  • éducation — en soutien des enseignants et des élèves, au prix d’un changement de méthodes et de mentalités.

Deux familles, qu’il ne faut pas confondre :

  • Les philosophes et spécialistes des sciences sociales, type Eric Sadin : l’IA, avec le numérique en général, est un élément d’abrutissement et d’assujettissement, qui accélère la mise en place d’une société de surveillance généralisée — un « techno-fascisme ».
  • Les anciens avocats de l’IA, ingénieurs et chercheurs, type Geoffrey Hinton (prix Nobel de physique 2024), qui annoncent la fin de l’humanité et l’arrivée d’une superintelligence qui nous exterminera.
Les uns et les autres s’accusent mutuellement de naïveté, d’angélisme, ou d’avoir trop d’imagination et de confondre science-fiction et réalité…

« Entre ces deux positions… » — la phrase de l’orateur reste en suspens sur la diapositive. C’est là que commence la deuxième partie.

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