DIAPOSITIVES 10 et 11
Quand les outils du marketing deviennent une infrastructure de surveillance.
Pour la première fois, l’agence américaine de l’immigration (ICE) déclare vouloir utiliser des technologies publicitaires pour appuyer ses enquêtes et ses arrestations. Dans une demande publiée au Federal Register, elle s’intéresse aux produits de Big Data et d’Ad Tech — tout en affirmant « respecter les règles légales et la confidentialité ».
Selon Wired, c’est la première fois que le terme « technologies publicitaires » apparaît dans un appel d’offres de l’ICE.
Les outils publicitaires possèdent une infrastructure sophistiquée de collecte et d’agrégation : ils suivent les utilisateurs via applications mobiles, objets connectés et navigation web, et agrègent géolocalisation, historique d’achats, comportements en ligne et informations démographiques.
Ces données permettent de créer des profils détaillés et, détournées, de surveiller les déplacements et activités des individus, grâce à des techniques de correspondance multi-appareils qui relient identifiants pseudonymes et personnes réelles.
Autrement dit : l’infrastructure de surveillance n’a pas eu besoin d’être construite. Elle existait déjà, financée par la publicité, et il suffisait de la réorienter. C’est le point le plus dérangeant du cas, et il ne relève d’aucune prouesse technique.
Les notes rapportent le climat de janvier 2026 : Alex Pretti, 37 ans, tué par des agents fédéraux à Minneapolis lors d’une manifestation contre la police de l’immigration, après la mort par balle de Renee Good le 7 janvier dans la même ville. Les autorités invoquent la légitime défense ; des vidéos montrent Pretti désarmé, tentant d’aider d’autres manifestants.
Sur le volet technologique : des vidéos montrent des agents utilisant la reconnaissance faciale par smartphone lors de contrôles de routine, parfois sans motif ; l’agence a annoncé la création d’une équipe de surveillance des réseaux sociaux active 24 h sur 24, scrutant publications, photos et messages sur Facebook, Instagram, TikTok ou YouTube.
Le secteur des données commerciales reste faiblement régulé. En l’absence de législation fédérale solide sur la vie privée, ces infrastructures fonctionnent presque sans contrôle — la Californie n’obligeant les courtiers en données à traiter les demandes de suppression qu’à partir de 2026.
Le compte rendu de BFMTV, cité par l’orateur.
Après ces trois cas — un chatbot à 650 dollars, des dizaines de milliers de familles ruinées, une agence fédérale qui rachète l’appareil publicitaire — l’exposé projette une liste et une question :
« Discriminations, perte d’emplois, surveillance de masse, désinformation… »
Selon vous, ces risques sont-ils plutôt techniques… ou politiques ?
C’est la question annoncée dans la présentation publique de la conférence, et c’est la seule qui traverse les quatre parties. Les trois cas ont été choisis pour la rendre inévitable : aucun des trois ne se résout par un meilleur modèle. Le chatbot d’Air Canada n’avait pas besoin d’être plus exact, il avait besoin d’un responsable ; l’algorithme néerlandais n’avait pas besoin d’être plus précis, il avait besoin de ne pas exister sous cette forme ; et l’ICE n’invente aucune technologie.
La fiche suivante montre pourquoi le consensus international sur l’éthique de l’IA ne suffit pas à trancher.