DIAPOSITIVES 58 à 60
Deux critiques qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre — et c’est le propos.
« Le pari de l’Intelligence Avancée face aux illusions des LLM. »
« L’avenir de l’intelligence artificielle ne réside pas dans les chatbots qui parlent, mais dans des systèmes qui comprennent. »
« L’illusionnisme statistique » est-il de l’intelligence ?
« Les LLM n’ont aucun ancrage dans le réel : compréhension du sens, de la logique ou de la réalité physique. »
« Selon LeCun, les IA génératives sont moins intelligentes qu’un chat domestique, car incapables de comprendre la persistance des objets ou la gravité sans avoir lu des milliards de textes. »
L’exposé note le contexte : LeCun quitte Meta, il juge que « les LLM sont dans une impasse », et « c’est la Chine qui va gagner la course ».
JEPA — Joint Embedding Predictive Architecture : ne pas reconstruire l’image ni construire une phrase par un processus prédictif lourd et énergivore, mais extraire le sens de l’image ou de l’invite dans un espace de représentation abstrait.
L’image que donne l’orateur : « Imaginez une voiture roulant sur une route. Un modèle génératif essaierait de prédire chaque feuille de chaque arbre sur le bas-côté — inutile et coûteux. Un modèle JEPA ignorera les détails imprévisibles pour se concentrer sur l’essentiel : la trajectoire de la voiture et la position des obstacles. C’est ainsi que fonctionne le cerveau humain : il modélise des concepts, pas des pixels. »
L’ambition : l’AMI (Advanced Machine Intelligence). Contrairement aux chatbots passifs, ces systèmes percevraient le monde par des capteurs — vidéo, son — et non seulement du texte ; ils pourraient raisonner et planifier. « Ce type de système peut planifier ce qu’il va faire », explique LeCun.
Concurrents cités : World Labs, fondé par Fei-Fei Li (logiciel Marble), et Google DeepMind avec SIMA 2, agent capable d’apprendre, de raisonner et d’interagir dans des mondes virtuels en trois dimensions.
Cette critique est interne : elle vient d’un prix Turing et porte sur l’architecture. Elle dit que la voie actuelle est mauvaise techniquement. La suivante dit tout autre chose.
« Fort courant techno-critique dans les sciences humaines et sociales et en philosophie », que l’exposé range en quatre familles :
| Lecture | Ce qu’elle soutient |
|---|---|
| L’IA comme projet politique « inavouable » | Techno-fascisme, société de surveillance — « Les Lumières sombres », Curtis Yarvin. |
| L’IA comme modèle de l’accélération capitaliste | Nick Land. |
| L’IA comme « grand remplacement » socio-économique | « Obsolescence programmée » de l’humain, porte d’entrée vers le transhumanisme : humanité « augmentée », « cyborgs », hybridation humain-machine — Elon Musk, Peter Thiel. |
| L’IA comme utopie ou dystopie anthropologique | Des « intelligences multiples » — du vivant et de l’artificiel — à l’IA surnaturelle, mythologique — Peter Thiel, Marc Andreessen. |
Le montage des deux diapositives est l’argument. La critique de LeCun et la critique politique ne se contredisent pas et ne se renforcent pas : elles n’ont pas le même objet. On peut tenir que les LLM sont une impasse technique et que le projet politique qui les porte est dangereux ; on peut aussi tenir l’un sans l’autre. C’est la démonstration finale de la thèse de la fiche 4 : la question « technique ou politique ? » n’appelle pas une réponse mais une séparation des deux plans, pour cesser de répondre à l’une en croyant traiter l’autre.